Covid-19 : les anciens malades pourraient être immunisés à long terme

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Selon plusieurs études, les anticorps capables de combattre le coronavirus ont tendance à chuter dans les trois mois suivant l’infection, ce qui laissait penser que nous ne pourrions pas être immunisés à long terme. Mais de nouveaux travaux suggèrent qu’à l’issue de cette période, les lymphocytes T à mémoire pourraient prendre le relai, et nous protéger pendant plusieurs années. Explications.

L’immunité face au Covid-19 soulève de nombreuses questions au sein de la communauté scientifique. Jusqu’à maintenant, elle était estimée à environ trois mois, au regard des différentes études réalisées sur le sujet. Mais de nouveaux travaux, publiés le 14 août dans la revue Cell, viennent bousculer cette idée. Leurs résultats montrent une possible immunité sur le long terme, grâce aux cellules T à mémoire.

Coronavirus : nos anticorps chutent au bout de 3 mois

Les précédentes études sur l’immunité face au coronavirus ont montré que les anticorps, des protéines sanguines qui protègent l’organisme contre une réinfection, chutaient considérablement au cours des trois premiers mois suivant la première infection. C’est notamment le résultat d’une recherche menée par l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), sur des Américains atteints d’une forme bénigne de Covid-19, publiée dans le New England Journal of Medicine.

Des chercheurs britanniques ont fait un constat similaire, après avoir analysé l’évolution des anticorps de 65 malades. Leurs défenses immunitaires ont enregistré un pic en moyenne 30 jours après leur contamination, avant de diminuer de façon importante environ 50 jours plus tard.

Autre exemple : un laboratoire espagnol a, de son côté, donné une fourchette d’immunité allant de 105 à 211 jours, après avoir décrypté les statistiques épidémiques de la ville de New York. D’après les scientifiques, les réinfections auraient joué un rôle important dans la recrudescence de l’épidémie observée dans cette ville.

Les lymphocytes T à mémoire peuvent nous protéger plus longtemps

Mais pour les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Cell, c’était sans compter le rôle des lymphocytes T à mémoire. Ils estiment, en effet, que les précédents travaux ont négligé le rôle des globules blancs et leur fantastique pouvoir de mémorisation. Car si le taux d’anticorps chute au bout d’un certain temps, ces cellules, elles, restent dans l’organisme pendant des années.

« Les cellules T à mémoire s’avéreront probablement essentielles pour la protection immunitaire à long terme contre le Covid-19″, indiquent les chercheurs. « Elles pourraient prévenir les épisodes récurrents de Covid-19 grave ». Et toutes les personnes infectées en développent, y compris les cas asymptomatiques.

Cette conclusion se base sur les analyses sanguines de 206 Suédois, ayant tous contracté le virus SARS-CoV-2 et développé la maladie à des niveaux de gravité différents. Deux autres travaux récents, publiés dans la revue Nature, ont abouti à des résultats similaires. Un bilan porteur d’espoir, mais qui nécessite d’être confirmé à plus large échelle, les cohortes étudiées n’étant pas forcément représentatives de la population mondiale.

En dépit de ces découvertes, les scientifiques ne savent toujours pas combien de temps un ancien malade est protégé contre le Covid-19. Selon les données de patients infectés par le SRAS, lors de l’épidémie de 2003, les cellules T pourraient survivre plusieurs décennies. Reste à savoir si elles pourront véritablement nous protéger contre une réinfection au nouveau coronavirus.

Des personnes immunisées sans jamais avoir été malades !

Ces travaux ont aussi révélé un fait plus étonnant : un certain nombre de personnes n’ayant jamais eu le Covid-19 possèderaient des lymphocytes T capables de reconnaître le virus.

Selon les scientifiques, cela pourrait s’expliquer par un phénomène d’immunité croisée. Ces cellules ont probablement été exposées à d’autres types de coronavirus par le passé, et ont été capables de réagir face au nouveau coronavirus.

Pour Alessandro Sette, co-auteur d’un autre papier sur le sujet, « cela pourrait aider à expliquer pourquoi certaines personnes présentent des symptômes de maladie plus légers, alors que d’autres sont gravement malades ». Les premières auraient donc un petit avantage dans le combat que nous menons tous contre la pandémie.

Auteur de l’article: Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé, publié le 21/08/2020 à 12:04

publié sur MEDISITE